• NIQUE SON MAIRE LES REACS

     

     
     
     
     

    Hier y'avait une manif pour l'égalité des droits concernant le sujet polémique à la mode, le "mariage pour tous" (pffff...  l'incohérence du masculin pluriel et la haine que je voue à l'institution du mariage me font grincer des dents quand je prononce cette phrase). Je m'aprêtais à me rendre à une sorte de rassemblement un peu plan-plan, un peu bruyant, entre la technoparade et la gaypride, mais pas trop agité quand même. J'arrive une bonne heure après le départ, et je suis étonnée de voir qu'il n'y a pas tant de monde que j'imaginais. Je retrouve les keupin-e-s du cortège radical, y'a d'la musique, des slogans pas forcément très originaux, mais tout le monde est queer et classe, ça fait plaisir, y'a de la couleur et de la rage. Et puis arrivé-e-s à capitole, les fachos font leur apparition sur un échaffaudage, ils allument des fumis bleu-blanc-rouge, arborrent fièrement une pancarte des jeunesses nationalistes et brûlent un drapeau gay. La réaction est immédiate: des manifestant-e-s montent pour les défoncer, les flics rapliquent et gazent. Et puis ça gueule bien dans le cortège. Tension. Une meuf râle toute seule en disant que vraiment, la violence ça sert à rien, faut pas répondre à la provocation, faut pas taper les fafs, faut juste crier, ouais, crier, c'est bien. J'essaie de discuter avec elle, y'a pas moyen elle veut rien entendre. Quand tout le monde est descendu, on entend des "homophobie d'état!" et "flics homophobes"! Alors ça, ça leur plait pas aux batards en bleus, du coup ils cherchent à chopper du monde en plein milieu des freaks vénères, y'a pas moyen, malgrès leurs efforts, personne n'est arrêté-e.  Et puis on continue d'avancer , y'a un type au micro qui dit que faut pas s'inquiéter, "on" va porter plainte. Youpi, je me sens rassurée, grâce à nos cris et à la justice, bientôt y'aura plus de méchaaaants! Aheuuumm. D'ailleurs à propos de type au micro, y'en a un qui tient une sacrée couche, et qui monopolise la parole à base de  grosses conneries, du style: "eh oui nous arrivons place françois miterrand, françois miterrand qui a dépénalisé l'homosexualité en 82 !!", ouaiiii... ou bien: "nous sommes tous pour les droits de l'homme, tous égaux!!" ouaiii... et la perle pour la fin: "les homophobes devraient aller en prison! la prison pour les homophobes!". Je m'étouffe, et je suis pas la seule. J'apprends qu'en plus c'est un mec d'un groupe appelé "Hétéros-solidaires", je croise sa gueule dans le camion, non mais sans dec, à ce genre de manif, vu le thème et tout, c'est assez fort de coller un MEC BLANC HETERO (fort probablement au PS qui plus est) au micro pendant quasiment toute l'aprèm... Vomi! Ce bazar se termine sur des  prises de parole pour quelques représentations d'orgas et de syndicats, mais la Licorne Déviante est privée de micro, censure dûe soi-disant aux positions du groupe sur la prison...
    Pendant ce temps-là les flics frustrés (pléonasme), contrôlent les antifas au métro.

     

    Je suis blasée et pas mal énervée, je rentre chez moi avec deux potes, et je mettrais toute la soirée à redescendre...

    Pour  la peine un petit texte sur le sujet...

     

    " Qui défend l'enfant queer? "
    Par BEATRIZ PRECIADO
    Paru dans Libération le 14 janvier 2013, PARIS et sur le blog Tout terrain/
    terreno de experimentacion trans-munidsta
    
    Les catholiques, juifs et musulmans intégristes, les copéistes décomplexés,
    les psychanalystes œdipiens, les socialistes naturalistes à la Jospin, les
    gauchos hétéronormatifs, et le troupeau grandissant des branchés
    réactionnaires sont tombés d'accord ce dimanche pour faire du droit de
    l'enfant à avoir un père et une mère l'argument central justifiant la
    limitation des droits des homosexuels. C'est leur jour de sortie, le
    gigantesque outing national des hétérocrates. Ils défendent une idéologie
    naturaliste et religieuse dont on connaît les principes. Leur hégémonie
    hétérosexuelle a toujours reposé sur le droit à opprimer les minorités
    sexuelles et de genre. On a l'habitude de les voir brandir une hache. Ce
    qui est problématique, c'est qu'ils forcent les enfants à porter cette
    hache patriarcale.
    
    L'enfant que Frigide Barjot prétend protéger n'existe pas. Les défenseurs
    de l'enfance et de la famille font appel à la figure politique d'un enfant
    qu'ils construisent, un enfant présupposé hétérosexuel et au genre normé.
    Un enfant qu'on prive de toute force de résistance, de toute possibilité de
    faire un usage libre et collectif de son corps, de ses organes et de ses
    fluides sexuels. Cette enfance qu'ils prétendent protéger exige la terreur,
    l'oppression et la mort.
    
    Frigide Barjot, leur égérie, profite de ce qu'il est impossible pour un
    enfant de se rebeller politiquement contre le discours des adultes :
    l'enfant est toujours un corps à qui on ne reconnaît pas le droit de
    gouverner. Permettez-moi d'inventer, rétrospectivement, une scène
    d'énonciation, de faire un droit de réponse au nom de l'enfant gouverné que
    j'ai été, de défendre une autre forme de gouvernement des enfants qui ne
    sont pas comme les autres.
    
    J'ai été un jour l'enfant que Frigide Barjot se targue de protéger. Et je
    me soulève aujourd'hui au nom des enfants que ces discours fallacieux
    entendent préserver. Qui défend les droits de l'enfant différent ? Les
    droits du petit garçon qui aime porter du rose ? De la petite fille qui
    rêve de se marier avec sa meilleure amie ? Les droits de l'enfant queer,
    pédé, gouine, transsexuel ou transgenre ? Qui défend les droits de l'enfant
    à changer de genre s'il le désire ? Les droits de l'enfant à la libre
    autodétermination de genre et de sexualité ? Qui défend les droits de
    l'enfant à grandir dans un monde sans violence ni sexuelle ni de genre ?
    
    L'omniprésent discours de Frigide Barjot et des protecteurs des «droits de
    l'enfant à avoir un père et une mère» me ramène au langage du national
    catholicisme de mon enfance. Je suis né/e dans l'Espagne franquiste où j'ai
    grandi dans une famille hétérosexuelle catholique de droite. Une famille
    exemplaire, que les copéistes pourraient ériger en emblème de vertu morale.
    J'ai eu un père, et une mère. Ils ont scrupuleusement rempli leur fonction
    de garants domestiques de l'ordre hétérosexuel.
    
    Dans les discours français actuels contre le mariage et la Procréation
    médicalement assistée (PMA) pour tous, je reconnais les idées et les
    arguments de mon père. Dans l'intimité du foyer familial, il déployait un
    syllogisme qui invoquait la nature et la loi morale afin de justifier
    l'exclusion, la violence et jusqu'à la mise à mort des homosexuels, des
    travestis et des transsexuels. Ça commençait par «un homme se doit d'être
    un homme et une femme une femme, ainsi que Dieu l'a voulu»,ça continuait
    par «ce qui est naturel, c'est l'union d'un homme et d'une femme, c'est
    pour ça que les homosexuels sont stériles», jusqu'à la conclusion,
    implacable, «si mon enfant est homosexuel je préfère encore le tuer». Et
    cet enfant, c'était moi.
    
    L'enfant-à-protéger de Frigide Barjot est l'effet d'un dispositif
    pédagogique redoutable, le lieu de projection de tous les fantasmes,
    l'alibi qui permet à l'adulte de naturaliser la norme. La biopolitique (1)
    est vivipare et pédophile. La reproduction nationale en dépend. L'enfant
    est un artefact biopolitique garant de la normalisation de l'adulte. La
    police du genre surveille le berceau des vivants à naître, pour les
    transformer en enfants hétérosexuels. La norme fait sa ronde autour des
    corps tendres. Si tu n'es pas hétérosexuel, c'est la mort qui t'attend. La
    police du genre exige des qualités différentes du petit garçon et de la
    petite fille. Elle façonne les corps afin de dessiner des organes sexuels
    complémentaires. Elle prépare la reproduction, de l'école au Parlement,
    l'industrialise. L'enfant que Frigide Barjot désire protéger est la
    créature d'une machine despotique : un copéiste rapetissé qui fait campagne
    pour la mort au nom de la protection de la vie.
    
    Je me souviens du jour où, dans mon école de bonnes sœurs, les Sœurs
    servantes réparatrices du Sacré-Cœur-de- Jésus, la mère Pilar nous a
    demandé de dessiner notre future famille. J'avais 7 ans. Je me suis
    dessinée mariée avec ma meilleure amie Marta, trois enfants et plusieurs
    chiens et chats. J'avais déjà imaginé une utopie sexuelle, dans laquelle
    existait le mariage pour tous, l'adoption, la PMA… Quelques jours plus
    tard, l'école a envoyé une lettre à la maison, conseillant à mes parents de
    m'emmener voir un psychiatre, afin de régler au plus vite un problème
    d'identification sexuelle. De nombreuses représailles suivirent cette
    visite. Le mépris et le rejet de mon père, la honte et la culpabilité de ma
    mère. A l'école, le bruit se répandit que j'étais lesbienne. Une manif de
    copéistes et de frigide barjotiens s'organisait quotidiennement devant ma
    classe. «Sale gouine, disaient-ils, on va te violer pour t'apprendre à
    baiser comme Dieu le veut.» J'avais un père et une mère mais ils furent
    incapables de me protéger de la répression, de l'exclusion, de la violence.
    
    Ce que protégeaient mon père et ma mère, ce n'était pas mes droits
    d'enfant, mais les normes sexuelles et de genre qu'on leur avait eux-mêmes
    inculquées dans la douleur, à travers un système éducatif et social qui
    punissait toute forme de dissidence par la menace, l'intimidation, le
    châtiment, et la mort. J'avais un père et une mère mais aucun des deux ne
    put protéger mon droit à la libre autodétermination de genre et de
    sexualité.
    
    J'ai fui ce père et cette mère que Frigide Barjot exige pour moi, ma survie
    en dépendait. Ainsi, bien que j'aie eu un père et une mère, l'idéologie de
    la différence sexuelle et de l'hétérosexualité normative me les ont
    confisqués. Mon père fut réduit au rôle de représentant répressif de la loi
    du genre. Ma mère fut déchue de tout ce qui aurait pu aller au-delà de sa
    fonction d'utérus, de reproductrice de la norme sexuelle. L'idéologie de
    Frigide Barjot (qui s'articulait alors avec le franquisme national
    catholique) a dépouillé l'enfant que j'étais du droit d'avoir un père et
    une mère qui auraient pu m'aimer, et prendre soin de moi.
    
    Il nous fallut beaucoup de temps, de conflits et de blessures pour dépasser
    cette violence. Quand le gouvernement socialiste de Zapatero proposa, en
    2005, la loi du mariage homosexuel en Espagne, mes parents, toujours
    catholiques pratiquants de droite, ont manifesté en faveur de cette loi.
    Ils ont voté socialiste pour la première fois de leur vie. Ils n'ont pas
    manifesté uniquement pour défendre mes droits, mais aussi pour revendiquer
    leur propre droit à être père et mère d'un enfant non-hétérosexuel. Pour le
    droit à la paternité de tous les enfants, indépendamment de leur genre, de
    leur sexe ou de leur orientation sexuelle. Ma mère m'a raconté qu'elle
    avait dû convaincre mon père, plus réticent. Elle m'a dit «nous aussi, nous
    avons le droit d'être tes parents».
    
    Les manifestants du 13 janvier n'ont pas défendu le droit des enfants. Ils
    défendent le pouvoir d'éduquer les enfants dans la norme sexuelle et de
    genre, comme présumés hétérosexuels. Ils défilent pour maintenir le droit
    de discriminer, punir et corriger toute forme de dissidence ou déviation,
    mais aussi pour rappeler aux parents d'enfants non-hétérosexuels que leur
    devoir est d'en avoir honte, de les refuser, de les corriger. Nous
    défendons le droit des enfants à ne pas être éduqués exclusivement comme
    force de travail et de reproduction. Nous défendons le droit des enfants à
    ne pas être considérés comme de futurs producteurs de sperme et de futurs
    utérus. Nous défendons le droit des enfants à être des subjectivités
    politiques irréductibles à une identité de genre, de sexe ou de race.
    
    (1) Concept de Michel Foucault désignant un pouvoir s'exerçant sur les
    corps et les populations. Auteure de «Pornotopie : Playboy et l'invention
    de la sexualité multimédia», (Climats, 2011).

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